Onésime, esclave à Colosses

On ne peut dissocier la théologie de la vie (Introduction à la lettre aux Colossiens, p1831, Bible du Semeur, éditions Excelsis, 2001)

Onésime était esclave chez Philémon, homme de Colosses. Après avoir volé son maître, il prend la fuite et retrouve Paul à Rome. Ce dernier l’amène au Seigneur et développe avec lui une relation fraternelle forte. « Il est devenu une partie de moi-même » (v12) Or, voici que le temps est venu de renvoyer Onésime à son ancien maître. En effet il est possiblement porteur, avec Tychique, de la lettre à la communauté de Colosses. On imagine quels doivent être les sentiments de ce nouveau chrétien, porteur d’une lettre pour la communauté qui se réunit précisément chez son ancien maître…

La présence de cette très courte lettre qu’est Philémon au sein des épîtres soulève d’intéressantes questions sur la mise en pratique des écritures : il n’y a pas en effet que la doctrine – développée dans Colossiens en vue d’affermir la jeune foi des chrétiens soumis aux influences de la pensée grecque – il y a ce que la foi implique dans la vie quotidienne en termes de relations les uns avec les autres.

Philémon est, semble-t-il un chrétien engagé, on peut le penser fervent puisqu’il ouvre sa maison pour que la communauté de Colosses s’y réunisse (v2). Cela ne l’empêche pas d’avoir des esclaves, pratique très courante de l’antiquité. De lui, Paul dit : « Je ne cesse d’exprimer ma reconnaissance à Dieu lorsque je fais mention de toi dans mes prières » (v4). C’est, semble-t-il, un homme plein d’amour pour le Seigneur Jésus et tous ceux qui lui appartiennent. (v5). Et parmi ceux qui appartiennent au Christ, il y a précisément cet Onésime, qui s’échappa suite à un larcin commis chez son maître… La question centrale – laissée sans réponse – est donc de savoir comment Philémon va accueillir cet ancien esclave devenu son frère dans la foi. Ses droits sur lui sont absolus car l’esclave n’a pas de personnalité juridique. Techniquement, il n’est qu’un objet animé au service de son maître. Comment l’amour du Christ transforme-t-il cette relation ?

L’épitre ne nous dit pas ce qui s’est passé entre les deux hommes, comme si c’était au lecteur d’imaginer les diverses solutions, entre la prison et la libération, comme si l’Écriture nous demandait également : « Et toi que ferais-tu ? ». L’apôtre demande à Philémon de faire quelque chose de difficile, en agissant sans ressentiment, mais avec libéralité en laissant Onésime  repartir libre de chez lui, et de le renvoyer à Paul, qui en a besoin, en le traitant désormais « comme un frère très cher » (v16), comme si la relation à Christ transformait fondamentalement les relations humaines. Voilà qui a son corolaire dans l’épitre aux Colossiens :

« Dans cette nouvelle humanité, il n’y a plus de différence entre Juifs et non-Juifs, entre circoncis et incirconcis, étrangers, barbares, esclaves, hommes libres : il n’y a plus que le Christ, lui qui est tout en tous. » (Col 3 v 11). C’est à Philémon de choisir en responsabilité, devant Dieu.  Au-delà de cet homme, le choix est laissé à tout chrétien de gérer ses relations à l’autre en  laissant l’autre libre – par amour fraternel- de devenir ce que le Seigneur souhaite qu’il devienne. Alors dans quelle mesure laissons-nous l’évangile transformer nos relations humaines ?

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