Se référant au titre que nous lui avions proposé : “Croire et douter : la foi dans un climat d’incertitude et d’angoisse »,

Marion Muller Colard a d’emblée posé une distinction entre incertitude et angoisse, entre le registre du savoir et celui du croire. La foi en effet ne peut plus être un substitut à l’ignorance : nous vivons en un temps qui a appris à chercher les réponses aux questions physiques, biologiques ou historiques qui se posent sans recourir à l’hypothèse Dieu. Et ce progrès de la connaissance ne doit pas paniquer les croyants, il est au contraire une invitation à développer un savoir-croire. Il est vain et nocif aussi bien au savoir qu’à la foi de vouloir à tout prix chercher des preuves de l’existence de Dieu ou de la création du monde parce qu’on prend alors pour un problème, qui demande à être résolu, le mystère, qui requiert bien plutôt un approfondissement qui ne saurait jamais l’épuiser. Le croyant est celui
qui se tient au bord du connaissable et qui protège une réserve d’inconnu, et, pour le chrétien, en Christ l’Inconnu s’est fait personne. Plus que d’une guerre des religions, c’est donc d’un conflit interne au religieux qu’il s’agit, conflit
entre une posture fondamentaliste, qui cherche finalement à évacuer l’inconnu en assénant des dogmes et en se livrant à une lecture littéraliste des textes sacrés, et une intelligence de la foi qui chérit cet Inconnu où le divin se manifeste. Beaucoup de jeunes aujourd’hui se sentent orphelins d’une transmission des traditions religieuses qui ne s’est pas faite. La responsabilité des Églises historiques est de les accueillir sans les laisser s’enfermer dans un traditionalisme délétère.
La foi ainsi conçue n’est pas un remède à l’angoisse, mais elle est comme « un bâton de marche pour traverser l’angoisse », interdisant de jamais désespérer. Le savoir-croire débouche alors s
ur le courage d’être : courage d’affronter l’angoisse et courage de se mettre en mouvement, de passer à l’action, car la foi est en elle-même mouvement et invitation à agir dans le monde pour travailler à le rendre plus solidaire et plus humain.
S’est alors engagé, en réponse aux questions, un véritable débat avec la salle sur les termes et les enjeux de ce qui a été exposé. Faudrait-il parler plutôt d’inquiétude (selon le vocabulaire augustinien) que d’angoisse ? Comment entrer en dialogue avec ceux qui ne croient pas ou croient autrement ? Comment réagir face à ceux qui posent des questions simplistes et proposent des réponses qui ne le sont pas moins ? Comment se comporter avec ceux -nombreux aujourd’hui- qui associent foi et puissance ? Le savoir-croire suppose et engendre un savoir-être : attitude d’accueil et d’hospitalité -à l’exemple du père du fils prodigue de l’Évangile-, de confiance -un des sens du mot ‘foi’ ;
refus de tout prosélytisme ; refus d’asséner de prétendues certitudes. Serait-il possible alors d’envisager avec tous c
eux -croyants ou non, croyants autrement- qui s’interrogent, une transcendance commune ?
Les participants sont ainsi repartis avec une multitude de questions qui ne manqueront pas d’alimenter leur réflexion personnelle ou, le cas échéant, leur travail en équipe. Un grand merci à Marion Muller Colard pour la richesse de ce qu’elle a apporté et de l’échange qu’elle a suscité !
Jean-Louis Gourdain, pour le groupe CdEP de Rouen
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