LA LUMIÈRE ET LE FEU

C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière, Edmond Rostand, Chantecler II, 3

Tout dans les fêtes de Noël (et de fin d’année dans l’ensemble) semble nous rapprocher de ce vers d’Edmond Rostand. Nos marchés de Noël, nos vitrines illuminées, nos Christmas Carols…  L’hiver, il nous faut de la lumière.  Comme pour lutter contre les jours courts et l’obscurité. Or il est intéressant de remarquer que peu d’épisodes bibliques se produisent en hiver. Même pas la naissance du Christ, qui n’est pas précisément datée !

Le seul épisode des évangiles qui se passe spécifiquement en hiver est relaté dans Jean 10, à partir du verset 22, un temps qui correspond peu ou prou à la fête de Hanoucca, célébrée de nos jours par les communautés juives. On y rappelle la restauration de l’autel du Temple effectuée par le patriote juif Judas Macchabée en 164 avant J.C. La croyance qui s’est attachée à ce culte particulier est qu’il n’y avait de l’huile à brûler dans la lampe que pour une journée, et que la lampe brûla huit jours pleins : un signe miraculeux de la fidélité de Dieu qui éclaire la nuit hivernale.

Jésus est interpellé par des hommes familiers du temple, impatients de savoir s’il est vraiment le Messie, agressifs dans leur façon de parler. « Si tu es le Messie, dis-le nous clairement ! ». « Je vous l’ai déjà dit, mais vous ne me croyez pas », répond Jésus. Il invite alors ceux qui l’écoutent à se souvenir de tous les signes et miracles, de tous ces moments extraordinaires où leur route a été éclairée de petits signes lumineux, témoignant de la présence de Dieu à ses côtés. Pour eux aussi la nuit s’est éclairée, mais ils n’ont pas voulu voir.  Leur dispute théologique n’a qu’un but : provoquer chez Jésus l’erreur, la parole blasphématoire, ils ne cherchent pas à comprendre, mais à accuser. Jésus leur reproche de ne pas s’être laissé éclairer de l’intérieur par tous ces signes « parce que vous n’êtes pas de mes brebis ».

Car il y a la lumière, et il y a la façon dont on la reçoit. La première partie dépend de Dieu, et la deuxième dépend de chacun d’entre nous. Et l’on peut passer nos fêtes de fin d’année à mettre des bougies et des guirlandes électriques partout, cela ne signifie pas pour autant que nous sommes prêts à recevoir la lumière et la laisser faire son œuvre en nous.

Or Dieu recherche, encore aujourd’hui, ses brebis, celles qui entendent sa voix, celles qui voient sa lumière. Dans les temples, dans les chemins, dans tous les lieux. Sur la route d’Emmaüs, (Luc 24 v 13 et s) il est dit que les disciples « étaient incapables de le reconnaître » au début de leur cheminement. Ce n’est que quand ils se mirent à table avec Jésus que « leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. » Jésus allume une lumière, une lampe « à nos pieds » comme dit le psaume 119. Mais il allume aussi un feu  dans nos cœurs : « n’avons-nous pas senti comme un feu dans notre cœur pendant qu’il nous parlait en chemin ? » (Luc 24 v 32).

Alors pendant cet hiver 2026-2027, que chacun reçoive l’invitation à se laisser éclairer par la lumière de Dieu, à se souvenir de tous les instants de notre parcours où sa douce et lumineuse présence a fait reculer l’obscurité autour de nous. Laissons-nous embraser par le feu, parce que c’est l’hiver, et que les jours sont froids et courts.

 

 

Contact